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térêt de toute la société, a le droit de faire la guerre ; mais si cela est ainsi, il faut, par ume conséquence nécessaire, lui donner en même temps le droit d'employer tous les moyens nécessaires pour cela. En particulier il faut lui accorder le pouvoir de lever des troupes, d'enrôler des soldats, et de les obliger à remplir toutes les fonctions les plus périlleuses, et même au péril de leur vie; et c'est là une branche du droit de vie et de mort qui appartient incontestablement au souverain. Ce droit est sans doute au nombre de ceux sans lesquels on ne peut gouverner d'une manière salutaire. Mais comme les différents droits qui forment la puissance souveraine résident originairement dans le corps de la nation, et qu'ils peuvent être séparés ou limités suivant la volonté de la nation, c'est dans la constitution particulière de chaque État qu'il faut chercher la puissance autorisée à faire la guerre au nom de la société. Mais comme la force et la valeur des troupes dépendent en bonne partie de l'habitude où elles sont des exercices militaires, le souverain doit, même en temps de paix, former les citoyens à ces exercices, afin qu'ils soient plus propres dans l'occasion à supporter les fatigues de la guerre et à en remplir les différentes fonctions. Un sage conducteur d'une nation ne saurait prendre assez de précautions sur cette matière très-délicate. D'un côté aguerrir les sujets, c'est leur apprendre quelle est leur force particulière; c'est leur donner un sentiment de confiance en eux-mêmes; c'est répandre un esprit destructeur de la tranquillité et qui accorde tout aux armes. D'un autre côté des sujets sans connaissance de l'art militaire laissent l'Etat en proie à l'ennemi, attiré par le mépris qu'inspire la mollesse. On doit donc penser que le gouvernement intérieur ne demande point des sujets aguerris, et que celui de l'extérieur veut des peuples qui ne craignent point la guerre. L'obligation où sont à l'égard de la guerre le sujets est si rigoureuse et d'une si grande force, qu'il n'y a, à parler à la rigueur, aucun citoyen qui puisse s'exempter de prendre les armes dans l'occasion, et le refus de le faire serait un juste sujet de ne plus tolérer dans la société ceux qui voudraient se dispenser de cette charge; si donc pour l'ordinaire il y a dans les Etats quelques citoyens que l'on exempte des exercices militaires, cette immunité n'est point un privilége qui leur appartienne de droit, c'est une tolérance qui n'a de force qu'autant que l'on a d'ailleurs assez de troupes pour la défense de l'État, et que les personnes à qui on l'accorde remplissent quelques autres fonctions utiles et nécessaires; mais à cela près et dans un besoin, tous ceux qui sont en état doivent marcher à la guerre, et personne ne saurait s'en dispenser légitimement. Car tout citoyen est obligé de servir et de défendre l'Etat autant qu'il en est capable. La société ne peut se conserver autrement, et ce concours pour la défense commune est une des premières vues de toute association politique. Ceux-là seuls sont exceptés qui ne sont pas capables de manier les armes. Par cette raison on exempte les gens de lettres, les vieillards, les enfants et les femmes. - , . Le clergé ne peut naturellement et de droit s'arroger aucune exemption particulière. Défendre la patrie n'est point une fonction indigne des mains les plus sacrées. La loi de l'Église qui défend aux ecclésiastiques de verser le sang, est une invention commode pour dispenser d'aller aux coups des gens souvent si ardents à souffler le feu de la discorde et à exciter des guerres sanglantes. A la vérité un petit nombre d'ecclésiastiques sages, animé du véritable esprit de la religion, doit être dispensé de prendre les armes, afin qu'ils continuent à gouverner l'Église même en temps de guerre ; mais cette immense multitude d'inutiles religieux, forts, robustes, et parfaitement bien nourris, ces gens, dis-je, qui sous prétexte de se consacrer à Dieu, se vouent en effet au monde, à la bonne chère et à une molle oisiveté, de quel droit prétendent-ils à une prérogative ruineuse à l'État ? Et si le prince l'exempte des armes, ne fait-il pas tort au reste des citoyens sur qui il rejette le fardeau, sans qu'ils en retirent les mêmes avantages dont ces ecclésiastiques jouissent ? - o La discipline militaire doit être très-rigoureuse; la plus petite négligence, la moindre faute TOME II. 25

est souvent de la dernière conséquence, et pour cela peut être punie très - rigoureusement. Les autres juges pardonnent quelque chose à la faiblesse humaine ou à la violence des passions ; mais dans un conseil de guerre on n'a pas tant d'indulgence, et on punit souvent du dernier supplice un soldat à qui la crainte d'une mort prochaine a fait abandonner son poste. Cette rigueur de la discipline militaire est fondée principalement sur deux raisons : la première, c'est que les règles prescrites aux soldats regardent des choses dont il leur est aisé de s'abstenir ; la seconde, c'est qu'on a de bonnes raisons de faire les défenses, et c'est par les mêmes raisons que les fautes les plus légères en elles - mêmes peuvent devenir des crimes dignes de mort. , Il est donc du devoir de ceux qui sont une fois enrôlés de tenir ferme dans le poste où le général les a placés, et de combattre vaillamment lors même qu'ils courent vraisemblablement risque d'y perdre la vie : vaincre ou mourir, c'est la loi de ces sortes de combats, et il vaut mieux sans contredit perdre la vie glorieusement, en tâchant de l'ôter à l'ennemi, que de périr tout seul avec lâcheté. - · Telles sont les obligations des sujets par rapport à la guerre et à la défense de l'État; mais cette partie de la souveraineté, très -importante en elle-même, demande aussi de grands ménagements de la part du souverain, pour être exercée d'une manière avantageuse à l'État.

Et premièrement il est bien évident que la principale force d'un Etat, à l'égard de la guerre, consiste dans le nombre de ses habitants; les souverains ne doivent donc rien négliger de tout ce qui peut contribuer à l'entretenir et à l'augmenter. Entre tous les moyens que l'on peut mettre en usage pour cela, il y en a trois entre autres qui sont d'une très-grande efficace. Le premier, c'est de recevoir sans peine et avec facilité tous les étrangers d'un bon caractère, qui veulent s'établir chez nous, de leur procurer la jouissance de toutes les douceurs du gouvernement, et de leur faire part des avantages de la liberté civile. Ainsi l'État se remplit de citoyens qui apportent avec eux les arts, le commerce et les, richesses, et dans lesquels on peut trouver dans le besoin un nombre considérable de bons soldats. Une autre chose et qui va au même but, c' de favoriser et d'encourager les mariages † la pépinière de l'Etat, et de faire à cet égard de bonnes lois. La douceur du gouvernement peut entre autres choses beaucoup contribuer à porter les citoyens à se marier. Des sujets surchargés de tailles et d'impôts, qui peuvent à peine par leur travail trouver de quoi satisfaire aux nécessités de la vie et aux charges publiques, ne se portent pas volontiers au mariage, dans la crainte qu'eux et leurs enfants ne soient réduits à mourir de faim. Enfin un autre moyen très-propre à entretenir et augmenter le nombre des habitants, c'est la

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