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Norwich, peuplée presque exclusivement de réfugiés des Pays Bas, et située sur une riviérè à quelques milles seulement de l'excellent port de Yarınouth, qu'il correspond à volonté et fort secrètement avec les révoltés de la Hollande. Le Taciturne écrit à son propos de Delft, le 3 Novembre 1573, à son frère Louis, alors à Dillenbourg, “ Le ministre Calabart” (ce qui est sans doute un déguisement nominal voulu plutôt qu' une orthographe fautive) “m'est fort requis vous vouloir escripre ung mot affin qu'il vous plaise lui mander quelque

response absolute touchant l'affaire dont par trois ou quatre “fois il vous ast escript sans jamais povoir avoir ung mot de response. Je vous assure qu'il est en gran peine, et ne scait

comme se gouverner, parquoy je vous prie luy voloir mander " vostre intention.”1

Quelle était cette affaire ? Evidemment le salut de la Hollande et de la Zélande, presséés plus que jamais par les Espagnols. En 1572, malgré une circulaire du prince d'Orange aux Eglises reformées d'Angleterre, le colonel Humphrey Gilbert n'était débarqué en Zélande qu'avec un corps de deux mille hommes, dont quatre cents Wallons et Flamands seulement. 2

Il était évident que le refuge d’Angleterre était susceptible d'un effort beaucoup plus considérable, aussi le prince adressa-til, le 17 février 1573, aux pasteurs, anciens et diacres des églises chretiennes néerlandaises de Norwich, Thetford et Ipswich une demande de secours conçue dans les termes les plus pressants. Elle se terminait par ces mots, "M. Lievin Calvaert,” (ici le nom est écrit d'une manière à peu prés irréprochable, “ministre « de la Parole de Dieu, vous exposera plus au long notre “ manière de voir et vous fera connaitre l'état des affaires "publiques dans notre commune patrie. Je réclame de vous, que vous lui donniez là dessus la même créance qu'à moi inêine et que vous vous régliez d'aprés à qu'il vous dira, afin

à 1 Groen van Prinstern. Archives de la maison d'Orange-Nassau. Leide, 1837. v. IV. p. 230.

* The arrival of Sir Humfrey Gilbert, which was the first Regiment of Englishmen that served the Netherlanders against the Spanish King : with our follies before Bruges and Sluce (Sluys). Ce curieux document a été publié par J. van Vloten dans son Nederlands Opstand tegen Spanje. 1572-1579, Harlem 1858 v. Bylage No. xi p. xxix à xxxii.

Le 11 Juillet 1572 Wacken avait écrit au duc d'Albe que 600 hommes débarqués à Flessingue avaient été enrôlés à Londres par son de tambourin au secret par consentement de la Royne,mais le 6 Août suivant il se corrige en disant: “nous avons entendu l'un irlandais ayant esté enrollé à Londres sous “ un capitaine anglois, que tel. cap. et aultres auparavant se auriont trouvez “ vers la Royne dimandans congié pour lever gens et venir ceste part ; surquoy “icelle leur auroit respondu que, si des leur propre volonté ils y voudroient “aller, faire le pourroient, ains qu'Elle n'y consentoit."

Cette derniêre version est sans doute la bonne.

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que nous puissions constater que cette charité chrétienne, “ dont vous vous vantez si haut, existe réellement en vous."

Le succès de Calewaert dût répondre à son zele, car bientôt après le Taciturne l'attacha à sa personne, lui donna une charge dans son conseil d'état et le chargea de diverses ambassades.

Ayant été désigné pour parler de lui dans la Biographie nationale publiée par l'Académie royale de Belgique, j'ai terminé ma notice par ces mots; “Il est fort étonnant qu'on ne sache point où ni quand est mort un homme qui a joué un rôle aussi considérable. Après 1586, nous ne trouvons plus qu'il soit fait mention de lui dans les mémoires, chroniques et correspondances du temps. Nous supposons

qu'après son retour d'une nouvelle ambassade en France, en “1595, il se retira des affaires et rentra dons cette obscurité "voulue par les moeurs républicaines.”2

Combien d'autres personnages réfugiés en Angleterre nous laissent dans la même incertitude!

Quelles ont été leurs résidences successives, la nature de leurs occupations, de leurs travaux ? Ont ils pris femme ? Ont ils eu des enfans ?

Autant de questions que les belles publications de M. Moens et de M. Chamier, faites aux frais de la Société huguenote de Londres, n'ont pu nous aiderà résoudre, d'abord parcequ'elles ne concernent que Londres et Norwich et seulement les Français et les Wallons, en suite parceque les registres consistorieux de ces deux refuges ne remontent malheureusement pas jusqu'à l'époque de leur fondation.

Je n'ai parlé jusqu'ici que de martyrs, de martyrologues et de ininistres de l'Evangile; il est temps, je crois, de dire aussi quelques mots des hommes célèbres ou remarquables que se retirent en Angleterre ou qui ne font qu'y passer. Le peintre gantois Luc de Heere, élève de Franz Floris, me vient tout d'abord à la mémoire. Est ce à cause de son admiration et et de son dévouement pour Marnix ? Peut étre. Ce qui est certain, c'est qu'il ne s'est point contenté d'être un grand artiste; il était encore un excellent rhétoricien flamand, surtout en prose. L'arrivée du duc d'Albe le poussa en Angleterre. Il y travailla pour ainsi dire sans interruption de 1568 à 1577. Le dimanche 13 Mai 1571 il fut installé en la qualité d'Ancien de l'Eglise flamande de Londres.3 Le

1 Gachard, Correspondance de Guillaume le Taciturne, Bruxelles, 1859. Vol. III p. 74. Le document, dont j'ai détaché et traduit la dernière phrase, est rédigé en hollandais.

? Bruxelles, 1873. Vol III, p. 248.

: Dr. A. Kuyper. Kerkeraads Protocollen der hollandsche Gemeente te Londen 1569-1571. Utrecht 1870 p. 4. 316.

On sait que

portrait était sa spécialité. La Société des Antiquaires de Londres se flatte de posséder de lui un portrait de Marie Tudor. C'est sans doute une erreur, cette toile portant la date de 1545, et M. Lucas, si précoce qu'il ait été, n'a pu évidemment la peindre à l'âge de onze ans. l'amiral comte Edouard de Lincoln le chargea, en 1570, d'orner une galerie de sa résidence de tableaux montrant les différentes nations de l'Europe dans leurs costumes nationaux.

Quand de Heere en vint à peindre l'Anglais, il le représenta complètement nu au milieu d'une foule de riches vêtements et d'etoffes chatoyantes, et, comme le comte s'étonnait de cette bizarrerie, le peintre lui répondit que l'Anglais mettant les habits de tout le monde il n'avait pu lui en donner un qui lui fût propre. Il y avait peut étre là dedans une allusion à l'embarras de richesses que valait à ce moment là à l'Angleterre l'exercise de la plus large hospitalité. Et cette idée venant à un refugié avait tout le mérite d'un hommage, toute la saveur d'un compliment. On s'est efforcé de la comprendre autrement. On a prétendu que la reine Elisabeth y avait vu une critique assez justifiée du luxe en habits déployé par ses sujets. L'un de nos meilleurs écrivains flamands, M. Philippe Blommaert, a appuyé cette dernière version d'un argument bibliographique qui n'est pas sans valeur. Il suppose que de Heere a été inspiré par le livre d'un certain André Borde publié en 1542.

On y trouve en effet une gravure sur bois représentant un gros homme tout nu qu'on peut prendre pour le roi Henri VIII. Il tient d'un main un coupon d'étoffe, de l'autre une paire de ciseaux, ce qui est expliqué par le quatrain suivant.

“I am an Englishman and naked I stand here,
“ Musing in my mynde wat raymant I shall were ;
· For now I will were this and now I will were that,
“Now I will were I cannot tell what.

Il me semble que cette caricature de 1542 n'était plus applicable en 1570, que notre peintre flamand était trop bien avisé pour rappeler les avantures politiques et conjugales d'un passé oublié et s'attirer par là une foule de désagréments.

Le seul portrait de Lucas de Heere que Bürger ait admiré en Angleterre est celui de lord Darnley, l'epoux de Marie Stuart, qui est à Hampton Court, mais il doit s'en trouver d'autres, peut être celui de sa femme, Eléonore Carbonnier, qui après sa mort retira à Middelbourg, et ceux de ses amis Jean Rademacher dit Rotarius, Emmanuel Van Meteren, Jean Moyenson, qui furent en même temps que lui membres de

1 De nederduitsche schryvers van Gent. Gent. 1861. p. 131,

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l'Eglise flamande de Londres. En 1857 à l'Exposition rétrospective des Beaux Arts de Manchester il y avait jusqu'à trois portraits attribués à notre maitre flamand y compris celui de Darnley. On sait où ils sont, et les autres, s'ils existent encore, pourraient se retrouver sans peine. Les peintres du seizième siècle en général, n'étaient pas fiers; ils travaillaient pour les tapissiers de haute lisse, les libraires et les relieurs.

Jean De Witte, de Bruxelles, qui vint à Londres après avoir résidé à Cologne et à Stuttgart où il fit pour le duc de Wurteinberg des cartons dont les tapisseries existent encore, est de ce nombre. Il se perd si bien dans la foule que je n'ai pu recueillir sur lui aucun renseignement. C'est sans doute l'un de ses parents, qu'il est venu rejoindre, ce Josse de Witte qui souscrit pour cent livres à l'einprunt destiné à repousser en 1588 l'invasion espagnole.

Un autre Bruxellois, que j'aî déjä сité en passant, est Jean de Moyenson ou mieux Moeyensoen. Il avait été greffier de sa ville natale sous les ordres du secrétaire communal De Paepe. Le conseil des troubles avait porté contre lui le 24 Mars 1568 (1569 n.s.) une sentence de bannissement perpétuel avec menace de mort en cas de retour au pays. Les griefs des inquisiteurs espagnols à son endroit consistaient " en ses

' voyages à Genève et à Emden où il aurait gouté la doctrine de Calvin, en propos séditieux, erronés et blasphématoires qu'il aurait tenus publiquement avant les troubles et en tentatives de conversions faites depuis."

Que fait Moeyensoen à Londres? Ce que font tous ceux de ses compatriotes qui ne travaillent pas de leurs mains pour vivre: il conspire. Quelques uns, comme Jean Houblon, Roger van Peene, Pierre Tryon,4 et Jean Longhuet, sont assez richés pour

faire des dons ou des avances aux consistoires des réfugiés et mettre ceux-ci à même de lever, en 1572, deux cents soldats qu'ils donnent à Lancelot de Brederode, le brave capitaine des gueux de mer. Ce fait, que je cite au hasard, est d'autant plus digne de mémoire qu'il permit à nos réfugiés de contribuer pour une large part à la prise de la Brille, ce commencement de la confusion des Espagnols. Quatre ans plus tard on aurait voulu surprendre de même la ville de Nieuport en Flandre à cause de son port commode et du voisinage de la 1 Bürger. Trésors d'art en Angleterre. Bruxelles et Ostende. 1860. pp. 2 Proceedings of the Huguenot Society of London, I., p. 314.

2

» Il appartenait sans doute à la famille échevinale de van Peene, de Bruges.

* Sur lui Burn's History, etc., p. 197. Smiles' Huguenots, p. 520.

o Il était originaire de Mons en Hainaut V. sa sentence de bannissement : Arch. génér. de Belgique. Cons des Troubles, VII. fo. 474.

346 et 347.

France. Malheureusement des lettres interceptées mirent les Espagnols au courant de l'entreprise et la firent échouer. L'une de ces lettres, adresseé par le prince d'Orange au peintre Lucas de Heere sous la date du 6 Juillet 1576, présente un intérêt d'autant plus grand qu'elle prouve que le sauveur des libertés publiques et de la foi regénérée dans les Pays Bas, quand il avait besoin d'un homme sûr et dévoué, le cherchait de préférence parmi les bannis, au sein de nos églises du Refuge. Et cela se comprend; plus ils étaient obscurs, plus ils passaient inaperçus, plus ils devaient plaire et se faire écouter des ministres de la reine Elisabeth qui tenaient avant tout à ne point se compromettre, à ménager en apparence les puissances catholiques. Si“ l'homme exprès," que le Taciturne dit avoir envoyé à Nieuport, était le corsaire anglais William Cotton à qui le roi d'Espagne avait accordé des lettres de marque dans l'espoir qu'il ferait beaucoup de mal aux Gueux, la conspiration avortée aurait un côté plaisant. Le comte du Roeulx, gouverneur espagnol de la Flandre ne doute pas qu'il en soit ainsi; il dénonce au conseil d'état la conduite du capitaine William Cotton entouré de soldats écossais ayant servi en France qui font aux ennemis le moins de mal possible, et il prend les mesures necessaires pour mettre la ville de Nieuport à l'abri d'un coup de main. C'est le moment ou Charles de Boisot, ambassadeur de Philippe II. à Londres, demande à la reine Elizabeth avec plus d'instance qui jamais le renvoi à bref délai des rebelles des Pays Bas qui ne sont réfugiés en Angle

Copie du temps. Arch. génér. de Belgique. Papiers d'Etat et de l'Audience. Liasse No. 161. Comme ce document a échappé aux recherches de M. M. Groen van Prinsterer et Gachard, nous le transcrivons ici : “Sr Lucas d'Heere. Ayant entendu par le Seig de Ste Aldegonde la bonne affection que me portez et le grand zele quavez à nostre cause commune, vous ay bien voulu advertir touchant lentreprinse que depuis quelque temps ença avons tramée sur la ville de Nieuport, dont par led. de Ste Aldegonde avez esté aussy adverty. Car pour avoir entiérement les voulontes des Anglois qui y sont dedans, l'ordre y est mis tel que pour le faict de l'execution nous nattendons que le temps et l'eure que par ensemble nous prendrons, et y aiant despesché à c'est effect homme exprès depuis naguéres, aussy anglais, pour entierement le conclure, je vous prie que le faciez entendre à M. de Walsingham, lui priant bien affectueusement de ma part que, après que nous serons venus au bout de ceste nostre entreprinse, il veulle tenir la main et asister les bonnes gens qui rous feront ce bon et singulier service de sa faveur et recommendation auprez de sa Mte partout ou il conviendra, afin quils ne chargent sur eulx la male grace de sa Mté. à nostre occasion. Jen eusse escrit à M. de Walsingham neust esté que je crains quil ne seroit content de se mesler si avant de nos affaires. Et partant me semble meilleur de le traiter par nostre moyen. Et a bout me recommendant à vostre bonne grace prieray Dieu, Seig. Lucas d'Heeres, vous donner en sancté vie longue. De Middelbourg ce VI de Juilet, 1576. Vostre bon amy, Guille de Nassau.'

Ch. Piot. Correspondance du Cardinal de Granvelle, VI. 407. Arch. génér. de Belgique, Papiers d'Etat et de l'Audience, Liasses 160 & 161 v. les lettres de W. Cotton au Secrét de Berty.

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