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Son grand désir de perfectionner ses connaissances le poussa vers les voyages. Il visita l'intérieur de la France vers 1532 et 1538, puis, de 1541 à 1 ;>;37, l'Allemagne, la Suisse, l'Italie, l'île de Candie, la Grèce, l'Egypte, la Terre-Sainte et l'Angleterre, observant avec sagacité la topographie, la faune et la flore de ces pays, comme aussi les mœurs et les coutumes de leurs habitants. Ses récits sont remarquables par l'ampleur des informations et l'amour le plus vif de la vérité; et, encore aujourd'hui, il n'y a pas un naturaliste qui ne parle avec estime de ses Observations de plusieurs singularité; et choses mémorables trouvées en Grèce, Judée, Egypte, Arabie et autres pays estranges; pas un géographe, pas un historien qui n'y trouve d'utiles renseignements sur les contrées parcourues par notre célèbre voyageur.

Ses pérégrinations ne furent pas toujours heureuses. En 1643, le cardinal de Tournon, au service duquel il était entré, l'ayant envoyé négocier avec les Suisses, ceux-ci l'arrêtèrent à Genève et l'y gardèrent en prison pendant six mois. Le 16 mars 1556, au plus fort de la lutte entre l'Espagne et la France, une troupe de Bourguignons le rencontra entre Toul et Pont-à-Mousson, allant à Metz, et l'emmena prisonnier à Thionville, alors au pouvoir de Philippe II. Il ne tarda pas à recouvrer sa liberté. Un gentilhomme nommé Duhamme, épris des lettres et des sciences, lui prêta la somme fixée pour sa rançon, heureux d'obliger un Français, un ami de Ronsard et du comte d'Alsinois (1).

De retour à Paris, Pierre Helon se remit à l'étude avec ardeur. Il se fit recevoir bachelier en la faculté de médecine de cette ville, le 15 octobre loo7, et licencié le 10 mai 1560.

Belon était pauvre. Son génie lui attira les faveurs

(i) La Chronique de Pierre Belon, p. 98.

des Mécènes de son temps, des cardinaux de Lorraine et de Tournon, de Guillaume Duprat, évêque de Clermont, et de Bené et de Jean du Bellay, évêques du Mans, qui lui procurèrent les ressources nécessaires pour exécuter ses voyages. Henri II lui alloua 200 écus de gages sur sa cassette et le chancelier François Olivier, une petite pension (I). Le cardinal de Tournon, qui avait subvenu seul aux frais de son voyage de Candie, de Grèce, d'Egypte et de Terre-Sainte ( 15401349), lui donna un logement à l'abbaye de SaintGermain-des-Prés.

Charles IX lui montra la même bienveillance que son père et l'installa dès 1560 au château de Madrid, au bois de Boulogne. Pierre Belon y rentrait un soir d'avril de l'année 1564, revenant de visiter à Paris son ami Jacques du Breuil, religieux de Saint-Germain, quand il lut assassiné par une main inconnue, sous les hautes futaies qui entouraient le château.

Les habitants de Cerans-Foullelourte ont eu raison d'élever une statue à leur compatriote {ï), tout près de ce hameau de La Souletière aux vieux toits moussus, de ces landes couvertes de bruyères roses et de cistm dorés, de ces prés verts où il s'ébattait dans son enfance cl dont il se souvint toujours, même dans ses courses les plus lointaines. Pierre Belon est un des hommes les plus remarquables du XVI" siècle, qui compta tant de génies. On doit le considérer connue l'un des fondateurs de l'histoire naturelle et le créateur de l'anatomie comparée.

Il fut un botaniste éminent. Il enrichit les jardins

(1) Pierre Belon, dédicace de son livre De admirabili, etc. — La Croix du Maine, Bibliothèque du sieur de La Croix du Maine, article P. Belon.

(2) Une autre statue en bronze, œuvre de M. Ch. Filleul, lui a été érigée en 18X7 au Mans, square de la Préfecture, avec le produit d'une souscription internationale à laquelle prirent part tous les Etats de l'Europe, l'Egypte, la Syrie et la Perse.

de Touvoie (1) de plantes et d'arbres divers, jusque-là inconnus (l'acacia, le platane, le thuya, le pistachier, le gaïac, le caroubier, etc.), et ces jardins devinrent, grâce à lui, la pépinière et le dépôt de graines, de plantes et surtout d'arbres fruitiers qui enrichirent dans la suite le Maine, l'Anjou et la Touraine il). En 1558, dans ses Remonstrances sur le défaull de labour et de culture des plantes, il invita le collège des médecins de Paris à fonder un établissement chargé de donner ai! public des leçons de culture et d'acclimater en France les arbres et les piaules utiles des ditïérentes contrées du globe. Le cardinal de Tournon exposa son plan à Henri II; la morl de ce prince, survenue l'année suivante, et le mauvais état de nos finances empêchèrent d'y donner suite. Richer de Belleval reprit plus tard son idée et ouvrit à Montpellier, en 1598, le premier Jardin des Plantes. Celui de Paris ne fut établi qu'en 1(52(1, par les soins de Guy de La Brosse, médecin ordinaire du roi.

Pierre Belon a composé un grand nombre d'ouvrages. Tournefort, Linné, Lamarck, Buflon, Cuvier, Geofïroy-Saint-Hilaire, etc., qui en faisaient le plus grand cas, les ont souvent cités dans leurs travaux. Les principaux sont:

L'histoire naturelle des estranyes poissons marins, arec la vraie peincture et description du dauphin et de plusieurs autres de son espèce. Paris, B. Chaudière, 1551, in-4°.

Les observations de plusieurs singularités et choses mémorables trouvées en lirèce, Asie, Judée, Egypte,

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(i) Touvoie, à Saint-Corneille, résidence des évéques du Mans avant 1789. Sous Rend du Bellay, dit Conrad Gcsner, les jardins de Touvoie étaient les plus beaux et les plus magnifiques, non seulement de France, niais encore de l'Allemagne, de l'Italie, etc. (Pcsche, Biogr. et bibliogi ., p. 74).

Ç2) Renouard, Annuaire de la Savthc pour iHoy.

Arabie et autres pays eslranges, rédigées en trois lit res. Paris, G. Cavellat, 1553, in-i".

De arboribus coniferis resiniferis, aliis quoque nonnulis sempiterna fronde rirentibus. Paris, G. Cavellat, 1553, in-i".

De admirabili operum antiquorum et rerum suscipiendarum prœstanlia liber. Paris, G. Cavellat, 1553, in-4°.

De aquatilibus libri duo, cum iconibus ad vivam ipsorum effigicm quoad ejus fieri potuit. expressis. Paris, Ch. Estienne, 1553, in-8°. Cet ouvrage offre le plus grand intérêt : il renferme les bases de l'ichthyologie moderne.

L'histoire de la nature des oyseaux, avec leurs descriptions et naifs pourtraicls, retire: du naturel, escrite en sept lit res Paris, G. Corrozet, 1555, in-fol. C'est le plus ancien traite d'ornithologie que nous possédions.

Portraits d'oyseaux, animaux, serpens, herbes, arbres, hommes et femmes, d'Arabie et d'Egypte. Paris, G. Cavellat, 1557, in-i". Ce livre est l'abrégé du précédent.

Les remonstranres sur le défault du labour et culture des plantes, et de la cognoissanec d'icelles, contenant la manière d'affranchir et apprivoiser les arbres sauvages. Paris, G. Cavellat, 1558, in-8". Cet ouvrage est un des meilleurs de Pierre Belon; les progrès de la science ne l'ont pas encore fait oublier,

H. ROQUET.

(A suivre.)

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PHARISIEN ET PUBLICAIN

S' Luc, XVIII, 10 à i5.

A l'ombre d'un pilier, près du seuil de l'église,
Egrenant en leurs doigts noueux leur chapelet,
Deux pauvrettes sont là, — raides dans leur corset
Comme des saints de pierre, — en robe rude et grise.

Et leur-voix monte a Dieu, tel un parfum de brise:
« Nous avons pu pécher, o Seigneur! Qu'un retlet
De ton immense Amour chasse noire regret;
Entends nos pleurs, accents de la douleur qui brise! »

Et moi, le front levé, drapé dans mon orgueil,
J'avançais pour prier jusques au sanctuaire;
La grâce vint soudain illuminer mon œil.

Je ne vis plus en moi qu'un lugubre ossuaire
Où, mortes, reposaient les sublimes vertus...

Je revins sur mes pas, mais je ne les vis plus.

(Cathédrale de Marseille).

L'ÉPAVE

La tempête a hurlé durant, la nuit ; sans trêve
A grondé le tonnerre, et la vague en courroux
A poussé durement l'épave sur la grève:
On la voit au matin sombrer dans les remous.

C'était une corvette hier!... La lame brève
Caressait sa carène en des replis très doux;
On eût dit que l'esquif s'envolait dans un rêve
Tant il glissait, léger, sans ployer ses mâts roux.

La vie est une mer, l'homme une barque frôle.
Au calme elle voguait... Vinrent les ouragans;
Ils ont crevé la voile, abattu les haubans.

La volonté sans force est la barre infidèle
Qui glisse dans les mains des faibles matelots
Et ne sait plus guider leur course sur les flots.

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