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Je crois l'origine de ce vocable bien plus simple. Le collège des Jésuites, dix ans à peine après sa fondation, comptait plus de l.îiOO élèves; 800 seulement étaient internes et les autres logaient en ville chez les habitants, dont l'histoire a conservé les noms. Ce grand nombre d'étudiants, de tous pays, devait nécessairement quelquefois, occasionner des troubles de tous genres, on pouvait craindre même pour les bonnes mœurs. Afin de préserver les jeunes gens qu'on leur confiait, les Jésuites les mirent sous la protection de la Vierge dont les admirables vertus leur furent proposées en imitation ; dès ce moment commença sous ladirection du clergé de Saint-Thomas, ce pèlerinage qui depuis lors n'a jamais cessé.

Du reste, cette appellation nouvelle à La Flèche, ne l'était pas pour tout pays, et les Jésuites connaissaient certainement le sanctuaire de Notre-Dame-des-Vertus à Aubervilliers, près Paris, puisqu'ils établirent à Saint-Barthélémy, les mêmes fêtes qu'à Aubervilliers, c'est-à-dire la neuvaine telle que nous la célébrons encore, avec les mêmes cérémonies, et vers la même époque. Ce pèlerinage d'Aubervilliers doitson origine, on le sait, à une image miraculeuse de la Sainte Vierge, qui y attira un concours extraordinaire dès 1338; le moyen Age, dans son admiration des miracles opérés par la Vierge, l'appela Notre-Damedes-Vertus, car virtutes, dans le langage scriptural, signifie miracles. Les Jésuites, confiants dans la puissance et la miséricorde de Marie, crurent à leur tour, qu'elle multiplierait les miracles pour conserver la foi de ses enfants. Cette confiance est la nôtre encore aujourd'hui, et Notre-Dame-des-Vertus, qui a gardé la foi des Fléchois, saura toujours prolonger le miracle en nous préservant au milieu de tous dangers.

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Sans aller aussi loin, au pays fléchois, on rencontre deux chapelles dédiées à Notre-Dame-des-Vertus et les Jésuites les devaient bien connaître.

Le Lude avait, avant la Révolution, un sanctuaire consacré à Notre-Dame-des-Vertus. Cette chapelle, située sur la place du Mail, et aujourd'hui bien malheureusement convertie en grange, fut bâtie au temps des Croisades par deux chevaliers et deux écuyers rentrant de Terre-Sainte, qui aimaient à saluer de ce nom la Sainte Vierge, soit pour s'exciter à l'imitation de ses vertus, soit pour ranimer leur confiance par le souvenir des miracles qu'opère l'intercession de Marie.

« Dès la construction achevée, Notre-Dame-des-Ver« tus fut, comme elle l'a toujours été depuis, en vé« nération toute spéciale parmi les habitants du Lude « et des paroisses voisines. Le comte du Lude, grand « maître de l'artillerie de France, y fonda à perpé« tuité, en 1630, le chant des Litanies de la Sainte « Vierge; tous les soirs, à 7 heures, le peuple du « Lude non seulement y assistait avec exactitude, « mais y restait souvent en prières jusqu'à dix ou « onze heures. Tous les ans, beaucoup de paroisses « voisines y venaient en procession; on y faisait des « prières pour toutes sortes de maladies, et la quan« tité des ex-voto appendus aux murailles attestait « le grand nombre de miracles qu'on y avait obte« nus » (i).

A Crosmières (2), à l'extrémité du bourg, existe aussi une gracieuse petite chapelle dédiée à Notre

(1) Notre-Dame de France, IV-388.

(2) Canton de La Flèche.

Dame-des-Vertus. « On dit qu'elle fut construite pour abréger une procession mensuelle faite par vœu à Notre-Dame-des-Vertus de La Flèche (1).

Nos lecteurs trouveront plus amples détails dans l'intéressante monographie de Crosmières, par M. S. de la Bouillerie, à la famille duquel on doit la restauration récente de celte chapelle, dans le genre du XVe siècle.

Si nous passons au diocèse d'Angers, nous trouvons, à Coron (2), Notre-Dame-des-Vertus, qui, avant 1793, servait à un hospice et une école, détruits l'un et l'autre, et qui, aujourd'hui, est un lieu de pèlerinage où beaucoup de personnes affirment avoir reçu des grâces particulières. Le curé actuel de la paroisse déclare y avoir dit la messe une fois pour demander la guérison d'une jeune personne désespérée des médecins; une autre fois pour solliciter la cessation d'une sécheresse qui menaçait toutes les moissons, et, dans ces deux circonstances, sa prière fut aussitôt exaucée (1).

Le diocèse de Laval a aussi son sanctuaire à NotreDame-des-Vertus : c'est à Châtelain, canton de SaintDenis-d'Anjou, où les habitants vont avec pleine confiance recommander leurs malades (3).

La ville de Morlaix, du diocèse de Quimper, avait, près de l'église paroissiale, la dévote chapelle de Notre-Dame-des-Vertus, fondée en 1445, au-dessous de laquelle était une crypte du Saint-Sépulcre, objet de la vénération populaire (4).

Le diocèse de Saint-Brieuc gardait aussi un culte spécial à Notre-Dame-des-Vertus , à laquelle les seineurs de Beaumanoir de Lavardin avaient élevé une chapelle dans le couvent des Cordeliers de Dinan (5).

(1) Recherches sur les pèlerinages monceaux, p. Ij8.

(2) Notre-Dame-de-France, IV-2.Î4.

(3) Notre-Dame-de-France, IV-341.

(4) Notre-Dame-de-France, IV-48ij.

(5) Manuscrit de Marcilly sur la famille de Beaumanoir de Lavardin, copie de 1644, p. 16 et 16.

Enfin, il n'est pas jusqu'aux seigneurs de La Flèche qui n'aient voulu manifester leur attachement à ce culte, car je crois que la pensée de Notre-DamerdesVertusguidait Claude Fouquet, marquis de la Varenne, lorsqu'il fit exécuter « huit pièces de tapisserye de haute lisse à personnages représentant les vertus, faisant dix-neuf aunes et deniye de tour sur trois aunes de hauteur » (1). Ces tapisseries, disparues aujourd'hui, ou du moins en partie, car il est permis de reconnaître deux d'entre elles dans les tapisseries conservées à Saint-Thomas, étaient conservées dans « une grande salle appelée la salle des Vertus ».

Jusqu'à plus ample information , en effet, je ne puis voir en cette dénomination l'intention de rappeler le souvenir de Catherine Fouquet, fille de Guillaume Fouquet, le bienfaiteur delà cité fléchoise. Catherine avait épousé le comte de Vertus, et les archives lié— choises ne nous la présentent pas comme la personnification de la sagesse.

§ v.

Notre-Dame-des-Vertus au XVIII" siècle. Chapelle de secours de Saint-Thomas. — Différents exercices du culte. — Départ des Jésuites en 1763. — Les trois statues de Notre-Dame-des-Vertus. — Reconnaissance officielle du culte.

Quelle que soit l'origine du culte de Notre-Damedes-Vertus, on sait toujours avec certitude que, dès son apparition, il fut bien accueilli des Fléchois, car, avec la jeunesse, accourait en foule le peuple des fidèles.

Au commencement du XVIII" siècle, le service paroissial y fut complètement organisé par le clergé de Saint-Thomas, qui y venait, au gré des fidèles,

fi) Archives Fouquet-La Varenne-Choiseul-Praslin. Inventaire du chàleau après la mort de Claude, en avril i6yq.

célébrer les mariages ou faire les sépultures. Pour ne pas fatiguer le lecteur, je ne citerai que l'acte de mariage suivant, du 1 juillet 1716:

« Le neufièmc jour de juillet mil sept centseize a esté célébré en la chapelle de Notre-Damedes-Vertus, dépendant de cette paroisse, le mariage de chaquns maistre Florimond Havard, seigneur de la Goupillerie, fils de deffunct Mfi Florimont Havard et de damoiselle Michelle Patoit et veuf de detfuncte damoiselle Renée Gasnier, de la paroissedeClermont, d'une part, et damoiselle Anne Leproust de Boissé, tille de deflunct M. Pierre Leproust, seigneur de Boissé, vivant avocat au siège présidial de cette ville, et de defîuncte damoiselle Urbaine Chantelou, ses père et mère, d'autre part, de cette paroisse. Nous Me Jean Cbantelou, prestre babilué et chantre en l'église de Saint-Tbomas de La Flèche soussigné, leur ai donné la bénédiction nuptiale par vertu de dispense, etc.. » (1).

Ceux qui aimaient pendant leur vie à venir chercher force et courage auprès de la Reine des Vertus, demandaient souvent comme suprême faveur, de dormir auprès d'elle leur dernier sommeil, soit

(i) Archives de l'Hôtel de Ville de La Flèche.

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