תמונות בעמוד
PDF
ePub

Je ne ressemble aux nautonniers
Qu'au milieu des flots mariniers
Tu fis fendre les eaux marines
Les vestant d'escailles dauphines,
Ains tousjours j'honore le vin,
Où gist un mystère divin.

Ce n'est moy qui mets à mespris
Ceux qui de ta fureur espris
Celebrent tes saintes Orgies :
Je voy les Bacches estourdies
Evan lach lach crier
Et tes triomphes publier.

La lune n'achève le mois
Qu'en ce fertile Vendômois
On ne te célèbre une feste :
Chacun donne autour de sa teste
Le Lierre et le Pampre aussi,
El te nomme Chasse-Souci.

Aussi l'on dit que tu passas
Le long du Loir, et que laissas
Ton beau nom à la Denysière (1),
Voisine de la Possonnière,
El commandas que les raisins
Chargeassent les couleaux voisins.

La Possonnière de posson (2)
Se surnomme, non du poisson

(1) Le fief de la Denisière, qui se trouve à quatre cents mètres environ à l'ouest de la Possonnière, appartenait à une branche de la famille des Ronsart, aux Ronsart de Monchenou, cousins du poète (voir A. de Rochambeau et L. Froger, op. et art. cit.) On se rend de la Possonnière à la Denisière par une série de petites propriétés, dont les principales sont la Ratellerie et le Portau, qui dépendaient jadis de la l'ossonnière; on suit une route, en bordure du côteau qui monte vers la forêt de Gastine, route qu'on appelle encore de son nom traditionnel l'Allée, parce qu'elle était bordée de noyers séculaires dont le dernier est mort pendant le grand hiver de 1879-80; du temps de Pierre de Ronsard elle était beaucoup plus longue et reliait le fief de la Roche-Turpain à celui de la Ribochère. Les caves sont encore nom breuses dont on apercoit l'entrée dans les flancs du côtcau.

(2) Le posson était une mesure pour les liquides. Il variait de deux litres à un demi-litre. Le poinçon, très variable aussi, équivalait en beaucoup de provinces à un hectolitre environ (note de l'édition des Quvres d'A. Jamin).

Qui des RONSARDS nomme la race;
Aussi l'on dit qu'en ceste place
Tu beus tant que tu chancelois
Et demeurer lu voulois.

Posson, poinson, tout bégayant
Tu la nommois en tournoyanl,
Et c'est cela qui me fail croire
Que tel nom lui donnas de boire,
De boire non les claires eaux,
Mais les vins et vieur et nouveaux.

Là, tout le camp qui te suivoit
Beuvoit sans fin et rebeuvoit,
Tellement qu'il laissa respandre
Tout le plant de la vigne tendre
Qu'il portoit, et au desloger
Oublia de s'en recharger.

Pour ce, meint cousteau revestu
S'y voit de ce bon plant tortu,
Et, en l'honneur du porte-lierre,
De Bacchus on vide meint verre,
Le louant d’estre l'inventeur
D'une si celeste liqueur.

Semeléen, Tyonéen,
O deux fois né Bæotien,
Preste nous à la proche année
Plus grande et meilleure vinée,
Donne que d'icy à cent ans
Je gouste de tes doux présens (1).

Il me semble que le témoignage d'Amadis Jamin, page et secrétaire de Pierre de Ronsard, constitue un argument péremptoire. M. l'abbé Froger en avait vu toute la valeur, car il a cité la strophe centrale :

La Possonnière de posson
Se surnomme, non du poisson
Qui des Ronsards nomme la race...

(1) Euvres poétiques d'Amadis Jamin, réédition de 1878, tome II, p. 231.

au début d'une étude qui a paru dans la Revue Historique du Maine (1).

Cependant tous les habitants du Bas-Vendômois et tous les éditeurs de Ronsard écrivent la Poissonnière, et pensent que ce nom vient des poissons que les Ronsart portaient dans leurs armes, et qu'on peut voir encore au-dessus de la porte d'entrée, ainsi que sur la cheminée de la salle à manger et au clocher de Couture. C'est également l'opinion de l'abbé Simon, l'historien de Vendôme (2). Cette confusion s'est produite par le phénomène très ordinaire de l'analogie des sons, et s'explique d'autant plus facilement que dans le pays de Couture les corruptions de ce genre sont très fréquentes : les habitants disent, par exemple, l’Embryon pour le Brayon (dérivation de la rivière de la Braye, non loin de son confluent avec le Loir), la Belle-Iris pour la Bellerie (fontaine célébrée par Ronsard), la Collinière pour la Conilière, etc. On fit la confusion de très bonne heure, dès le XVI° siècle, car Claude Binet, le biographe du poète, son contemporain et son ami, a écrit, après avoir parlé des poissons qui sont sur le blason des Ronsart : « De là pourrait avoir été nommée la Seigneurie de la Poissonnière » (3).

Le poète lui-même semble avoir partagé cette opinion, puisqu'il a écrit dans une lettre à son ami Passerat en 1566 : « Je m'en iray demain aux Trois Poissons boire à vos bonnes grâces » (4). Si les lettres du XVI° siècle, et Pierre de Ronsard tout le premier, avaient déjà perdu de vue la vraie étymologie du nom de la Possonnière, il n'y a pas à s'étonner que des littérateurs de notre temps, tout doctes qu'ils fussent,

(1) Tome XV, jer semestre, p. 91. (2) C1. supra, op. cit, tome III. (3) Vie de Ronsard. (4) Cf. (Euvres de Ronsard, par P. Blanchemain, tome VIII, p. 169.

aient prononcé et écrit la Poissonnière, ainsi que les habitants de Couture et les derniers propriétaires du manoir (1).

P. LAUMONIER,
Mattre de Conférences à la Faculté des Lettres

de Poitiers.

(1) Pour ne rien ometire, ajoutons qu'une très vieille cloche du manoir porte encore gravé le nom de Posionière (sic).

[ocr errors][ocr errors]

NOTES SUR LES COMMUNAUTÉS PROTESTANTES

DE NOGENT-SUR-LOIR

ET DE CHATEAU-DU-LOIR (1)

Les communautés ou églises protestantes furent toujours rares et clairsemées au Maine. Fondées et entretenues par quelque seigneur que ses intérêts ou ses convictions avaient incliné vers la Réforme, elles ne groupaient guère autour de lui que sa domesticité et parfois quelques-uns de ses fermiers. Elles n'ont jamais fait tache d'huile. Supprimées en 1685 , lors de la révocation de l'Edit de Nantes, elles sont maintenant à peine connues de nom, et ce sera , pour beaucoup, une vraie surprise de nous entendre parler de ces deux centres protestants de Châteaudu-Loir et de Nogent-sur-Loir. Nous ne saurions indiquer par qui ils avaient été constitués. Soutenus vers le milieu du XVII° siècle par le marquis de la Moussaye, baron de Nogent-sur-Loir (2), ils se composaient d'un très petit nombre de fidèles. On possède

(1) Les documents auxquels nous nous référons font partie des archives de l'Hôtel-Dieu de Château-du-Loir. L'archiviste du département de la Sarthe, M. J. Lhermitte, auquel on les a envoyées, en dresse actuellement l'inventaire.

(2) « Extrait du registre du consistoire de l'église, prétendue réformée du Château-du-Loir, tenu cy devant à Nogent, le jer avril 1657. M. Edme Tricot, pasteur de cette église, et M. Marc Courtin, lecteur en icelle, ont représenté à la Compagnie du Consistoire, à deux chefs de famille, comme M. le marquis de la Moussaye, seigneur de cette terrc de Nogent, auroit eu agréable non seulement de ratifier le contrat de constitution de 751 128 3d de rente, constituée par la somme de 12091 16% au profit de cette église, mais encore de donner, par nouvelle hypothèque, la métairie de Launay, dépendant de la terre de Nogent

« הקודםהמשך »