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EXAMEN CRITIQUE

DE

QUELQUES PAGES DE CHINOIS RELATIVES A L’INDE

TRADUITES PAR M. G. PAUTHIER

ACCOMPAGNÉ

DE DISCUSSIONS GRAMMATICALES

SUR CERTAINES RÈGLES DE POSITION QUI, EN CHINOIS,
JOUENT LE MÊME ROLE QUE LES FLEXIONS DANS LES AUTRES LANGUES.

PAR M. STANISLAS JULIEN

DE L'INSTITUT.

.... Tolluntur in altum
Ut lapsu graviore ruant.

CLAUD., in Ruf., I, 22.

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EXAMEN CRITIQUE

D'UNE TRADUCTION

DE QUELQUES PAGES DE CHINOIS

RELATIVES A L'INDE"

Nous sommes heureusement loin de l'époque où l'on croyait généralement, en Europe, que l'étude de la langue chinoise exigeait, en Chine même, la vie entière d'un lettré. M. Rémusat a puissamment contribué, par ses ouvrages et son enseignement, à dissiper ce préjugé, et s'il est partagé encore par quelques personnes instruites, c'est qu'elles n'ont pas pris la peine d'examiner la question. Cette opinion serait fondée si, pour parler, lire et écrire le chinois, il était nécessaire d'apprendre les quarante-deux mille caractères dont se compose le grand dictionnaire, publié en trente-deux yolumes in-8°, par ordre de l'empereur Khang-hi. Or on ne trouverait certainement pas en Chine un seul lettré qui fût capable d'un si prodigieux effort de mémoire. Mais il est aussi inutile à un Chinois ou à un Européen de connaître et de pouvoir écrire tous les caractères du Khang-hi-tseu-tien (dictionnaire de Khang-hi), qu'à un étranger qui étudie notre langue, de posséder tous les mots du dictionnaire français de Boiste, dont la nomenclature est trois fois plus riche. Si le plus complet de nos dictionnaires renferme, dit-on, cent vingt-quatre mille mots, on peut affirmer, sans crainte d'être démenti, qu’un étranger qui en connaîtra seulemeut trois ou quatre mille, sera en état de lire la majeure partie

Extrait du Journal Asiatique de Paris, mai 1864.

des auteurs français. Plus de cent mille mots sont des termes relatifs aux sciences, arts et métiers, qui ne se présentent que rarement dans les ouvrages littéraires. Celui qui en rencontre dans ses lectures se contente de les chercher dans un bon dictionnaire, et passe outre, sans qu'il lui vienne jamais à l'esprit qu'il ne sait pas encore la langue française, parce qu'il ignore, par hasard, quelques mots de science ou de technologie.

Il en est absolument de même des dictionnaires chinois. Celui de l'empereur Khang-hi serait réduit de quarante-deux mille mots à six ou huit mille, si l'on faisait abstraction d'environ dix mille variantes d'anciens caractères inusités, des noms d'hommes, de lieux, de montagnes et de rivières, et des termes qui se rattachent aux sciences et aux arts.

Sous la dynastie des Han, dit l'auteur du vocabulaire des King, on exigeait que celui qui se destinait à devenir l'un des historiens de l'empire sût au moins neuf mille caractères différents. Or, comme le corps d'annales d'une époque embrasse, par ordre méthodique, presque tous les sujets qui se rattachent à la littérature et aux sciences, on voit que le nombre des caractères que doivent connaître les hommes les plus savants, diffère énormément de celui que beaucoup de personnes, en Europe, jugent nécessaire à de simples lettrés.

Il est permis de penser que ces derniers n'ont guère besoin que de cinq ou six mille mots pour parler, lire et écrire le chinois. En effet, les quatre livres classiques ne contiennent pas plus de deux mille quatre cents caractères, et cependant, une personne qui les a étudiés avec soin, et qui possède en outre les principes de la construction chinoise, peut entendre, sans secours, presque tous les livres d'histoire, de géographie et de philosophie. En Chine, on exige que les étudiants qui concourent pour obtenir le grade de Kiu-jin (la Licence), aient seulement étudié à fond les quatre livres classiques et un king (livre canonique) à leur choix.

D'après ce qui vient d'être dit plus haut, sous le rapport des mots nécessaires, l'étude de la langue chinoise n’exigerait pas plus de travail que celle d'une langue étrangère, par exemple de l'allemand, qu'on aborde sans crainte et avec la presque certitude de réussir. Mais ce n'est pas dans le nombre des mots, ainsi que beaucoup de personnes se l'imaginent, que consiste la difficulté de la langue dont nous nous occupons. On sait que la langue chinoise est monosylla. bique, que tous les mots dont elle se compose ne sont point susceptibles

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