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DOCTEUR JAMES LEGGE

TRADUCTEUR DES CLASSIQUES CHINOTS

L'UN DES PLUS ÉMIXENTS SIXOLOGIES

DE NOTRE ÉPOQUE.

Hommage de l'Auteur.

SYNTAXE NOUVELLE

DE LA

LANGUE CHINOISE.

Les caractères chinois sont tous monosyllabiques, indéclinables et inconjugables. Ils ne sont donc point susceptibles de recevoir ces flexions qui, dans les langues grecque et latine, font voir, au premier coup d'oeil, les genres, les cas, et les nombres des noms, les voix, les temps, les modes et les personnes des verbes. Mais, malgré cette absence de flexions, la langue chinoise est, pour un sinologue instruit, aussi claire, aussi intelligible que les langues savantes qui sont richement pourvues des flexions qui lui manquent. Si elle n'était pas aussi claire, aussi intelligible, les innombrables ouvrages qu'elle a produits, en tout genre, depuis plus de 2000 ans, auraient-ils pu être lus, reproduits de siècle en siècle depuis l'invention de l'imprimeriel et intéresser les générations qui se sont succédé jus

1 Les Chinois ont commencé à imprimer en 581 sur des planches xylographiques. En l'an 904, ils ont fait usage de planches de pierre gravées po creux, et en 1010, de types mobiles. Si, à la même époque, cette dernière invention eût été connue en Europe, l'imprimerie y aurait été avancée de plus de quatre siècles. (Voyez le petit Mémoire que j'ai inséré dans le Journal Asiatique de Paris, cahier de Juin 1847, page 505.)

qu'à ce jour ? Pourrait-elle, maintenant, sous sa forme moderne appelée kouan-hoa ou langue commune, être parlée en Chine, en Cochinchine, au Japon, à Siam, en Corée et même au Thibet, par une population de plus de quatre cent cinquante millions d'hommes, c'est-à-dire par la moitié du monde civilisé ? Pourquoi une langue, si imparfaite en apparence, répond-elle assez bien à tous les besoins de la pensée, pour avoir permis aux auteurs chinois de traiter, depuis plus de vingt siècles, dans d'innombrables ouvrages, tous les sujets scientifiques ou littéraires qui sont du ressort de l'esprit humain ? Cela tient à ce que les flexions des noms et des verbes, qui donnent tant de précision aux langues anciennes, trouvent, jusqu'à un certain point, leurs équivalents dans la mobilité des signes chinois qui acquièrent toute sorte de valeur grammaticale, suivant la place qu'ils occupent dans la phrase, et suivant les mots avec lesquels on les construit. La position relative des mots détermine nettement leur rôle et donne aux écrits ou aux discours toute la clarté désirable.

Avant d'aborder la première partie de ce Traité de Grammaire, je crois devoir donner au lecteur, par les exemples suivants, une première idée des changements de valeur et de signification qui résultent, pour un même mot, de ses différentes positions, ou des signes avec lesquels on le construit. Prenons par exemple le mot tchi 14 gouverner. Si ce verbe est placé avant kođe royaume, ces deux caractères signifieront: gouverner le royaume. En mandchou: gourounbe dasambi.

Si l'on renverse l'ordre des mots et qu'on place koŭe royaume, avant tch gouverner, ces deux mots signifieront: le royaume est gouverné. En mandchou: gouroun dasaboumbi.

Si le mot tchi 76 est placé après chi magistrat, il devient substantif et ces deux mots signifieront: l'administration des magistrats, confiée aux magistrats. En mandchou: khafan i dasan. Ces trois exemples sont tirés du Dictionnaire Thsinghan-wen-haï, liv. 25, fol. 3.

Le mot thouan rond (rotundus) peut, suivant sa position, être adjectif, substantif, verbe et adverbe. On dit: thouan-chen

un écran rond.

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Fen-thouan une boule de céruse. En mandchou : fiyan i moukhaliyan.

thouan-fan mettre en boule le riz cuit. Thouan-tso e 4 s'asseoir en rond. Le mot kouan Emagistrat, peut recevoir quatre significations différentes suivant sa position, ou suivant les caractères avec lesquels on le construit.

É kien-kouan, établir, nommer un magistrat. En mandehou: khafan sindara. Tchong-kouai

fonctionnaire du milieu (du palais), c.-à-d. un eunuque

Ti 4 | Epou-thse ne pas refuser, 3siao - kouan une petite magistrature.

neng il peut, kouan employer, sjin les hommes. En mandchou: niyalma be baitalame moutembi.

't 7 È Ita -te un homme d'un grand mérite, 3 pou-4kouan n'est pas retenu, enchaîné dans une magistrature (il peut la conserver ou la quitter à son gré). En mandchou : Amba erdemoungge khafan de khøsibourako.

Le mot ngan ' vulgo repos, peut aussi, suivant sa position, recevoir diverses significations.

Wen-ngan * s'informer de la santé de quelqu'un (ngan, substantif.)

Ngan-min # F dare pacem populo (ngan, verbe actif).

Min-ngan F le peuple est tranquille, jouit de la paix (ngan, verbe neutre).

POR 'k 'youen je désire, ngan avec une volonté ferme, 3tching recevoir, 4kiao vos instructions (ngan, adverbe).

La langue anglaise offre des expressions où le même mot change de signification, ou plutôt de rôle grammatical, non suivant sa position, mais suivant les mots avec lesquels on le construit. Prenons pour exemple le mot set:

VERBE. To set a thing on the table, poser quelque chose sur la table.

ADJECTIF. His eyes are set, son regard est fixe.

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